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TU NE SERAS PAS BANQUIER MON FILS ! (L'Expansion du 27/10/2016)

TU NE SERAS PAS BANQUIER MON FILS ! (L'Expansion du 27/10/2016)

Fermetures d’agences, digitalisation des services… 30.000 suppressions de postes prévues en Europe. La France échappe au bain de sang mais n’en est pas moins touchée par les mutations.

D’ICI À PEINE QUELQUES SEMAINES, les conseillers clientèle du Crédit mutuel et du CIC se verront adjoindre un collègue d’un nouveau genre. Son petit nom ? Watson. Sorti tout droit des centres de recherche d’IBM, il s’agit d’un des systèmes d’intelligence artificielle les plus avancés du moment, capable de gagner au jeu télévisé américain "Jeopardy", ou d’aider les plus grands cancérologues à affiner leurs diagnostics. Un crack, donc, dont le talent peut aussi être mis au service des banques. Dans les agences du Crédit mutuel et du CIC, il servira d’abord d’assistant virtuel aux conseillers, selon des documents confidentiels consultés par L’Expansion. A lui l’analyse et le tri des courriels en fonction de leur degré d’urgence, les prises de rendez-vous ou la préparation des virements.

L’an prochain, Watson aidera aussi les conseillers à répondre aux questions des clients en matière d’épargne et d’assurance. De quoi leur faire gagner jusqu’à vingt-cinq minutes par jour au début, et au minimum cinquante d’ici à 2020.

Un « progrès » qui laisse les syndicats dubitatifs : "C’est présenté comme un outil destiné à nous faciliter la vie. Mais nous ne sommes pas dupes. Ce temps gagné servira-t-il à améliorer les conditions de travail ou à réduire les effectifs ?" s’interroge un élu. De fait, les gains de productivité apportés par Watson pourraient atteindre l’équivalent de 335 postes à temps plein en 2020 pour le seul réseau CIC Lyonnaise de banque.

L’irruption de l’intelligence artificielle va-t-elle accélérer les baisses d’effectifs dans le milieu bancaire ? C’est en tout cas une menace supplémentaire. Jusqu’ici, les grandes banques françaises n’ont pas lancé de plans sociaux massifs – contrairement à leurs collègues européennes qui, elles, ne s’en privent pas. Depuis le début de l’année, 30 000 suppressions de postes ont en effet été annoncées un peu partout sur le Vieux Continent. Mais les établissements français n’échappent pas aux bouleversements qui frappent le secteur. La baisse des taux d’intérêt, et donc des marges, la digitalisation des services, et donc la moindre fréquentation des agences, les mettent également sous pression. Simplement, dans l’Hexagone, ces mutations – bien réelles – n’ont pas, pour l’instant, provoqué de bain de sang social. L’explication ? "Nous disposons d’une pyramide des âges favorable", résume Philippe Gendillou, directeur des affaires sociales de l’Association française des banques.

C’EST TOUTE L’ORGANISATION DES RÉSEAUX QUI VA DEVOIR ÉVOLUER

Grâce aux départs en retraite des papy-boomeurs, les grandes banques commerciales ont en effet pu lancer des restructurations importantes de leurs réseaux d’agences sans licenciements. Entre 2012 et 2015, BNP Paribas a fermé 191 agences en France et va continuer à « optimiser ses implantations », selon laRevue Banque. LCL a annoncé la fermeture de 240 agences sur 1 880 d’ici à 2020. Quant à la Société générale, elle va supprimer 20 % de son réseau d’ici à la fin de la décennie. Au total, les emplois dans le secteur ont baissé de 1% par an en moyenne en 2014 et en 2015. « Sauf crise majeure, cette réduction des effectifs devrait se poursuivre à peu près au même rythme dans les années à venir », anticipe Luc Mathieu, secrétaire général de la fédération banques et assurances. Certaines banques mutualistes, encore attentistes, pourraient elles aussi finir par engager des restructurations. "C’est plus compliqué pour elles du fait de leur ancrage local fort, mais c’est inévitable. Mais, là aussi, les départs en retraite et le turnover naturel devraient permettre d’éviter une vague de plans sociaux", assure Régis Dos Santos.

240 agences du CRÉDIT LYONNAIS (LCL) seront supprimées d’ici au début de 2020. Il s’agit surtout des plus petites. 400 agences de la SOCIÉTÉ GÉNÉRALE sont amenées à disparaître d’ici à 2020. Six centres de back-office également. 191 succursales seront fermées par BNP PARIBAS entre 2012 et 2015. Le groupe devrait continuer à optimiser le réseau.

Ce qui ne veut pas dire que ces réorganisations ne tiennent pas du cassetête pour les DRH des réseaux. Ni qu’elles sont totalement indolores pour les équipes en poste. Car certains métiers, et notamment celui de chargé d’accueil, sont amenés à disparaître. Or ces postes servent souvent de porte d’entrée dans les métiers bancaires : ces salariés sont donc moins âgés que la moyenne, et ils vont devoir être reclassés sur une partie des emplois libérés par leurs aînés. « Nous l’avions anticipé, ces dernières années, en recrutant des chargés d’accueil à bac + 3 minimum, en sachant qu’ils devraient évoluer », souligne Stéphane Dubois, DRH de la banque de détail en France de la Société générale.

La banque prévoit aussi d’augmenter de 50 % son budget de formation au cours des quatre prochaines années pour accompagner ces évolutions. Pas de quoi éviter la grogne dans les agences pour autant. Romuald et sa compagne Anne, tous deux conseillers clientèle, l’un à la BNP, l’autre à la Société générale, partagent le même constat : «L’accueil va être réparti entre les conseillers, à raison d’une demijournée ou d’une journée par semaine. Mais nous avons toujours autant de clients à recevoir en rendez-vous et toujours autant d’objectifs, avec moins de temps », regrettent-ils.

Au-delà, c’est toute l’organisation des réseaux qui va évoluer. Avec, par exemple, une spécialisation des agences (sur l’épargne pour certaines, le financement immobilier pour d’autres), mais aussi l’apparition de nouveaux métiers : vente d’assurances ou de produits dépendance, par exemple. Ou encore une baisse du nombre de postes d’encadrement, notamment de chefs d’agence : « Les promotions ne passeront plus principalement par une montée dans la hiérarchie, mais aussi par un enrichissement des compétences. Par exemple, un conseiller pourra évoluer vers une expertise de haut niveau auprès d’une clientèle professionnelle », ajoute Stéphane Dubois (Société générale). Autrement dit, tout un état d’esprit à transformer...

Article tiré du journal L'Expansion - Edition du 27/10/2016

Last modified onsamedi, 25 février 2017 08:07
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